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Budget européen : les coulisses de l’influence du réseau européen de la recherche à Bruxelles

Les négociations autour du futur budget européen pour 2028-2034 sont au cœur des préoccupations des dirigeants de l’Union européenne cette fin d’année à Bruxelles. Parmi les sujets majeurs, le financement de la recherche occupe une place centrale, grâce notamment à l’action concertée d’un réseau informel appelé le G6 recherche. Ce groupe regroupe les principaux organismes scientifiques européens qui, par un travail d’influence constant, ont réussi à faire doubler, voire tripler, les financements proposés par la Commission européenne en matière de recherche et d’innovation. Cet article explore les coulisses de cette mobilisation stratégique qui illustre combien la recherche fondamentale est un levier clé pour l’innovation et la croissance économique européenne.

Le G6 recherche : un acteur majeur pour défendre les intérêts scientifiques à Bruxelles

En 2018, six grands organismes publics de recherche européenne ont formé un réseau informel nommé le G6. Ce groupe regroupe le CNR italien, le CNRS français, le CSIC espagnol, ainsi que l’Helmholtz Association, la Leibniz Association et la Max Planck Society, tous allemands. Leur organisation repose sur l’idée de parler d’une seule voix face aux institutions européennes afin de renforcer l’impact de leurs revendications, notamment sur le budget alloué à la recherche. Ensemble, ils représentent plus de 150 000 chercheurs au cœur des enjeux scientifiques et économiques du continent.

Depuis sa création, le G6 mène une campagne active auprès des conseillers des chefs d’État et de gouvernement, ainsi que des députés européens, pour soutenir une augmentation significative du financement européen de la recherche. Cette influence se traduit concrètement dans la proposition de la Commission européenne, qui prévoit un budget de 175 milliards d’euros pour la recherche et l’innovation sur sept ans, soit des montants multipliés par deux voire par trois selon les domaines.

Une stratégie d’influence patiente et continue dans un contexte européen tendu

Le travail de lobbying mené par le G6 ne se limite pas à la simple élaboration de propositions budgétaires. Chaque semaine, des réunions sont organisées pour rencontrer des représentants politiques, des conseillers et des eurodéputés de toutes sensibilités. L’objectif est clair : convaincre que la recherche fondamentale d’aujourd’hui est la source de l’innovation de demain. Jean-Stéphane Dhersin, mathématicien et représentant du CNRS à Bruxelles, souligne ainsi l’importance de valoriser la recherche comme un investissement à long terme, indispensable à la prospérité économique européenne.

Mais le chemin reste ardu, car les États membres sont souvent frileux face à l’ampleur des augmentations budgétaires. Le réseau veille également à inclure des acteurs moins puissants issus des petits États européens, plaidant en faveur d’un financement européen élargi favorisant la mobilité des chercheurs à travers l’Europe et au-delà. Cette demande vise à renforcer le tissu scientifique européen et à garantir que l’Union reste compétitive sur la scène mondiale, à l’heure où les investissements des États-Unis et de la Chine demeurent colossaux.

La recherche, un pilier fondamental de la souveraineté et du progrès européen

La Commission européenne a défini des axes prioritaires pour la recherche, parmi lesquels figurent l’intelligence artificielle, la défense, le vieillissement démographique et les technologies innovantes. Helena Domingues, chercheuse et représentante du CSIC, insiste sur le rôle fondamental de la recherche pour le développement démocratique et économique de l’UE. Elle met en garde contre une sous-estimation des budgets alloués à la science, qui risquerait d’appauvrir durablement la compétitivité européenne.

Cette position est en phase avec les recommandations des rapports Draghi et Letta sur l’avenir de l’Europe, ainsi qu’avec la vision historique de Jacques Delors sur l’introduction d’une « cinquième liberté » : la libre circulation de la recherche, de l’innovation et des connaissances. Cette idée ambitieuse vise à compléter les libertés traditionnelles de circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux par un libre échange de savoirs, indispensable pour assurer la souveraineté et la croissance économique du continent.

Pour approfondir les enjeux et débats autour du budget européen et de la recherche, il est utile de consulter des analyses récentes, comme celles qui évoquent les tensions au Parlement européen concernant ce budget ou encore les critiques formulées par Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d’économie, sur la stagnation intellectuelle et économique de certains membres du Parlement. Ces éléments contribuent à mieux comprendre la complexité des arbitrages budgétaires à venir.

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