Le golfe de Gabès, situé dans le sud-est de la Tunisie, est aujourd’hui au cœur d’un dilemme dramatique. Depuis 1972, la présence du Groupe chimique tunisien (GCT) représente à la fois une source d’emplois cruciale pour une population frappée par un chômage élevé, et une source d’une pollution environnementale dévastatrice. Le conflit entre développement industriel, sauvegarde de l’emploi et respect de l’écosystème local place les habitants devant un choix difficile : continuer à subir la pollution pour préserver des emplois, ou lutter pour un environnement sain mais au risque d’une aggravation du chômage. Cet article explore les enjeux sociaux, économiques et écologiques liés à cette situation unique, qui illustre à la fois les défis de l’industrialisation et de la gestion durable des ressources.
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Une industrie vitale mais destructrice pour Gabès
Le Groupe chimique tunisien occupe une place centrale dans l’économie gabésienne. Ce complexe industriel produit des engrais grâce au phosphate extrait du bassin minier de Gafsa, générant une importante source de devises à l’échelle nationale, avec jusqu’à 10 % des recettes d’État. Localement, il procure près de 4 000 emplois directs et plusieurs milliers d’emplois indirects dans une région où le taux de chômage dépasse 25 %. Cette industrie est perçue par une partie de la population comme un pilier de la stabilité économique, condition essentielle à la survie de nombreuses familles.
Cependant, le prix de cette prospérité industrielle est exorbitant pour l’environnement. La pression sur la nappe phréatique, le rejet quotidien de dizaines de milliers de tonnes de phosphogypse en mer, ainsi que l’émission de polluants atmosphériques toxiques, ont provoqué la dégradation massive de l’écosystème marin et terrestre du golfe de Gabès. La biodiversité marine a été fortement réduite, tandis que les conditions de vie des riverains se sont détériorées, avec une augmentation perceptible de maladies graves sans études épidémiologiques explicites. La disparition progressive des palmeraies et la contamination des plages accentuent le sentiment d’un « crime écologique » largement dénoncé par la société civile.
Mobilisations et espoirs de changements durables
La prise de conscience locale autour des désastres causés par la pollution du GCT s’est renforcée depuis la révolution tunisienne de 2011. Le climat d’omerta instauré sous l’ancien régime s’est tari, permettant l’émergence d’un mouvement militant écologiste dynamique. Des collectifs tels que Stop Pollution ont organisé des manifestations, sit-in et actions symboliques visant à alerter l’opinion publique et à forcer les autorités à agir. Ces mobilisations ont contribué à inscrire le démantèlement du complexe industriel parmi les solutions envisageables pour préserver à terme la qualité de vie dans la région.
Malgré ces avancées dans le débat public, les obstacles restent nombreux. Le choix d’un nouveau site d’implantation, l’acceptabilité sociale, les coûts faramineux estimés à 1,5 milliard d’euros, et la perte d’emplois liés à la fermeture des unités actuelles compliquent la mise en œuvre d’une transition juste et viable. Le dilemme demeure, notamment face à la nécessité de maintenir une production suffisante pour financer la dépollution et les reconversions professionnelles, tandis que les tensions sociales ne cessent de modifier le paysage local.
Vers un modèle économique et écologique renouvelé pour Gabès
Les conflits autour du Groupe chimique illustrent un défi structurel de fond : comment concilier développement industriel, justice sociale et durabilité environnementale dans une région marquée par un héritage extractiviste et des inégalités territoriales? Les experts et militants s’accordent à dire que le simple transfert des unités industrielles ne peut être la solution unique. Il est nécessaire d’initier une transformation économique plus large, incluant la revalorisation agricole, la protection des ressources en eau, la diversification économique et une réelle intégration régionale.
Le succès de ce projet de transformation exigerait aussi un engagement fort des autorités nationales, des investisseurs et des acteurs internationaux. Parallèlement à ces enjeux environnementaux locaux, la Tunisie devra également relever des défis fiscaux et sociaux, à l’image de la mise en place de nouvelles taxes écologiques comme la taxe verte pour les croisières internationales ou la taxe sur les emballages, qui reflètent une prise en compte globale des externalités environnementales. Gabès pourrait ainsi devenir un exemple de gouvernance environnementale où lutte contre la pollution et développement économique se conjuguent pour garantir l’avenir de ses habitants.
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